vendredi 18 juin 2010

le sens du temps

Quel était donc ce flux sans commencement ni fin, aussi immatériel que la lumière,
plus corrosif qu'un acide,

qui s'embarquait dès l'origine dans notre chair, se mêlant à notre sang, nous limant sournoisement le coeur, dictant en nous sa loi mortelle, sans proférer un mot?


Qui était donc cet inconnu aussi invisible qu'omniprésent, ce rien féroce qui se jouait de nous?

Sylvie Germain in  Le temps

jeudi 17 juin 2010

Nid de lumière

Après les arbres, je me découvrais une nouvelle famille: les livres.

Mais les seconds ne prenaient-ils pas corps dans la chair des premiers, n'étaient-ils pas tout autant emplis de feuilles bruissantes, chuchotantes?...


La sève, l'encre - un même sang obscur coulant avec lenteur, roulant vers la lumière, et frémissant de la rumeur du monde.

Sylvie Germain

mardi 15 juin 2010

Coque et ombres ... marchant sur l'eau




















Pleur hérissé, éternité de l'eau,

montagne d' écailles, foudre de fers,

ta maison tourmentée se construit
avec des pétales de pure géologie.



Le haut hiver embrasse ton armure
et te couvre de lèvres détruites :
le printemps de violent arôme brise
sa soif dans ton implacable statue ...



Pablo Neruda  in Araucaria

dimanche 13 juin 2010

le monde en vitrine

On ne sait pas d'où cela part, on n'a pas vu le tireur,

mais tous les mots font mouche, aucun ne fait défaut, aucun ne déborde la ligne 

- comble de l'élégance, écriture invisible, transfusion de l'âme à l'âme -



- jaillissement continu des images les plus inattendues... mais que nous attendions - 



mécanisme verbal parfaitement accordé à sa fonction, adéquation du fond et de la forme. 
Henri Michaux (1899-1984) 

mardi 8 juin 2010

Où sommes nous?

Dans les nasses du doute
Dans la force des granges


Dans l'angoisse qui mobilise
Dans la peur qui engloutit


Dans le compas de l'oeil
Dans les brumes de la chair


Dans la dissolution des mots
Dans le tissu de la parole

Dans l'attelage des monstres
Dans les mains sans épines...

emprunts à Andrée Chedid in Mouvante place des hommes

samedi 5 juin 2010

contre jour





































































Nous ne donnons rien  au poème qu'il ne nous rende au centuple.
Nous croyons le faire; c'est lui qui, secrètement, nous fait.

Andrée Chédid