dimanche 3 janvier 2010

Zen, la vie de galet?

Depuis l'explosion de leur énorme aïeul, et de leur trajectoire aux cieux abattus sans ressort, les rochers se sont tus.


Les roses s'assoient sur leurs genoux gris, et elles font contre eux leur naïve diatribe. Eux les admettent. Eux, dont jadis la grêle désastreuse éclaircit les forêts, et dont la durée est éternelle dans la stupeur et la résignation.


Ils rient de voir autour d'eux suscitées et condamnées tant de générations de fleurs, d'une carnation d'ailleurs quoi qu'on en dise à peine plus vivante que la leur, et d'un rose aussi pâle et aussi fané que leur gris.


Ils pensent (comme des statues sans se donner la peine de le dire) que ces teintes sont empruntées aux lueurs des cieux au soleil couchant, lueurs elles-même par les cieux essayées tous les soirs en mémoire d'un incendie bien plus éclatant, lors de ce fameux cataclysme à l'occasion duquel, projetés violemment dans les airs, ils connurent une heure de liberté magnifique terminée par ce formidable atterrement.


Non loin de là, la mer aux genoux rocheux des géants spectateurs sur ses bords des efforts écumants de leurs femmes abattues, sans cesse arrache des blocs qu'elle garde, étreint, balance, dorlote, ressasse, malaxe, flatte et polit dans ses bras contre son corps


ou abandonne dans un coin de sa bouche comme une dragée, puis ressort de sa bouche, et dépose sur un bord hospitalier en pente douce parmi un troupeau déjà nombreux à sa portée,


en vue de l'y reprendre bientôt pour s'en occuper plus affectueusement, passionnément encore.


Francis Ponge, Le galet


13 commentaires:

  1. Elles sont très belles (je ne vais pas dire comme d'habitude parce que j'aurais l'air blasée) et le texte qui les accompagne est parfait. Meilleurs voeux, à toi.

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  2. Bravoooo ! une illustration particulièrement réussie de ce texte explosif !

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  3. Profunda de la composición de arena, mar y rocas, lo siento no entiendo el escrito, mi torpeza y el traductor de gogle no da para más, en cualquier caso intuyo que habla de la conciencia de las piedras de la playa?

    ps. Los guijarros catalán predicen el futuro no solo es agua y harina de trigo :-)

    Bonitas serie de imágenes

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  4. La mer te puis, l'oubli.
    Recommencer.

    Beijos

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  5. Polis et repolis ...Toute la mémoire du monde

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  6. • con la mirada atenta...

    Agua que baña tu mirada. Agua.

    • saludos
    ____________________________
    CR & LMA

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  7. non ça n'a pas l'air zen la vie de galet ...mouvementée...
    mais j'aime le satiné de leur peau polie et roulée par les flots...
    une douce caresse au creux de la paume...
    un tres joli texte Dom...
    bises...

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  8. Merci Marie, anne, juillev et clo, de faire de vos mots, des galets doux à lire;

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  9. Gracias johnny, Francis Ponge filósofo y poeta nos cuenta la épica de las rocas desde el Big Bang;
    describe cómo las piedras son chupadas como caramelos por el mar
    como caramelos, y cómo el mar las escupe y toma de nuevo en su boca, apasionadamente.

    Obregado y Gracias tambien a Caçador y Ñoco

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  10. Je n'étais pas venu te voir depuis un bon petit moment et je dois te dire que je viens de me régaler avec tes séries de photos !

    Je ne sais pas si je t'ai souhaité une excellente bonne année... mais si j'ai oublié, je te le dis, redis et te souhaite du bonheur en prime !

    Pour en revenir à tes photos, j'aime beaucoup ton pêcheur et sa barque décliné en plusieurs monochrome...! Superbe !
    Les galets sont magnifiques et cette mousse me transporte dans un univers onirique ! Chapeau bas la photographe-poète ou la poète-photographe...! De biens belles textures, matières...

    A bientôt...
    Je tâcherais de revenir plus souvent !

    Bises...

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  11. Una serie estupenda, como de costumbre.

    Que buena eres!

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  12. Merci jeff pour ce long et beau commentaire, très encourageant pour les 12 mois à venir!
    Le meilleur pour toi aussi;

    Gracias JL, hasta pronto!

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  13. O mar esse grande pacificador, com a sua eterna canção de embalar...
    Bom ano para ti.

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